Bulle n°1 – 25.12.2016

Je me souviens de deux rêves cette nuit. C’était une longue nuit, que j’ai poussée jusqu’au zénith, car après tout qui voudrait se réveiller seul le jour de Noël ?

Mon premier rêve émane de mes années de lycée.

J’avais reçu un message d’un ami, plus tôt dans la journée, qui me demandait si j’étais dans ma ville natale, sous-entendant qu’il s’y trouvait sûrement lui aussi et qu’on aurait pu, le cas échéant… « se faire un truc » (évidemment je n’étais pas dans ma ville natale, trop occupé à me couper de mes parents et du monde.).

Voilà pour le déclencheur.

Je n’ai pas reconnu la scène où se passait le rêve. Je n’ai pas reconnu le professeur, je n’ai pas reconnu tous les élèves, je n’ai pas reconnu la matière (je pense qu’elle est totalement onirique). Ce n’était pas un cours conventionnel puisque nous étions tous assis en cercle, sans table, sans feuille, sans stylo, mais avec un espace commun et libre au milieu, qui allait faire office de scène.

En plus d’être présent, je me souviens de mon ami, je me souviens du mâle alpha de la classe (le genre de type beau, intelligent et populaire qui finira soit ministre soit exilé fiscal) et je crois me souvenir de la fille dont j’étais éperdument amoureux à cette époque. Habituez-vous à elle, elle risque de devenir un personnage récurrent de cette série. Ici, elle n’avait qu’un rôle de figuration ceci dit.

La consigne du professeur était simple : chacun son tour, dans le sens des aiguilles d’une montre, levez-vous, tenez-vous au milieu du cercle et improvisez. Une scène. Thème, durée, style libre. Quelques personnes sont passées avant moi, je ne me souviens plus des prestations. Mon ami et le mâle alpha en faisait partie ; tous les passages avaient été applaudis, tout le monde était un peu tétanisé par le passage. Je n’étais pas concentré sur les autres, je cherchais désespérément une idée ; n’importe laquelle ; quand le professeur m’appela, j’avais a tête tournée vers mes pensées intérieures, il a fallu une tapette sur l’épaule pour me ramener au temps commun. Tout commençait mal, de la façon habituelle dont les choses se passaient au lycée pour moi : à contre-temps.

Alors vint malgré tout le temps de la performance. Et je décidai de camper… un chasseur de kangourou australien. Démarche nonchalante, main faussement à la taille autour de la crosse d’un pistolet, accent douteux. « Excusez-moi les amis, vous n’auriez pas vu de kangueuwou ? »

J’en cherchais un depuis tout à l’heure. Il n’arrêtait pas de m’échapper. Non personne ne l’avait vu.

« Eh je vais continuer à le chewecher, faire un petit tour real quick ; si vous en voyez-un surtout pwévenez-moi ».

Et je me dirige vers la porte. En me déplaçant, comme un kangourou. Petits bonds, mains liées devant sur ma poche ventrale. J’ai eu de la chance, le public suivait. « Monsieur, monsieur, un kangourou ! ». Je retourne au centre des débats. « Eh bien, où !? ». On me signale que, mais, monsieur, vous êtes un kangourou. Je tonne sur le plaisantin qui m’a dit ça en lui élucubrant que je sais bien que je suis un kangourou, que c’est mon frère que je cherche. Point final, je salue, je crois qu’ils sont tous très contents. Eyes open.

 

giphy
Vraiment real quick, alors

En y réfléchissant dans mon lit, je me rends compte que mon subconscient n’a pas voulu approfondir la chute du sketch. On aurait sans doute pu rajouter un je le cherche depuis ce matin, il a pas baissé la cuvette des chiottes ce salaud ; pour un effet des plus truculents.

Alors, pourquoi j’ai fait ce rêve ? Qu’est-ce que j’ai voulu me dire ?

Le lycée, je l’ai dit, déclenché par mon ami.  Principalement, je crois, que je désire actuellement une chose plus que toutes les autres : être accepté (dans un groupe) et être reconnu. Avoir un quelconque talent, une spécificité de reconnue. J’étais accepté au lycée, en plus. Oh je n’étais pas d’une popularité affriolante, mais j’étais bien moins seul que maintenant.

C’est pour ça que je commence ce blog. Bon, il plafonnera sans doute à deux lectures par semestre, mais une bouteille à la mer porte forcément une notion de discrétion en elle. Ce n’est pas grave si mes rêves n’atteignent personne ; l’important est qu’ils m’atteignent au moins moi.

Bon, l’improvisation n’est pas traitée dans le sens du contenu des rêves. Le théâtre, lui, promet au choix une nouvelle importance (là, je pense qu’elle est plus voulue par moi que prémonitoire, quoique, les deux peuvent aller de pair), ou que je suis très exigeant avec ceux que j’aime. Ah, c’est peut-être pour ça qu’ils partent alors.

Donc basiquement, je suis un être isolé, hyper-exigeant, qui ne tient pas en place (l’apport du kangourou), mais je recherche par-dessus tout l’approbation, la protection de mes pairs et de mes parents (l’apport du kangourou toujours), la reconnaissance. J’affirme même être au courant de ce que je suis, même si je ne l’assume pas et ne me présente pas comme tel ; je veux juste qu’on me dirige vers quelqu’un comme moi pour que j’en fasse mon frère (ou parce qu’il a pas baissé la cuvette des chiottes). Je suis fils unique, le jour.

Un de mes rêves les plus intéressants, profondément façonné par les événements récents des deux derniers jours, aussi bien dans le détail que dans le contenu narratif. Je ne dois pas l’oublier, je crois que je viens de me livrer une clef pour réussir à continuer à vivre en avançant : mon identité.

 

L’autre rêve me revient avec beaucoup moins de détails, et il est plus classique dans ses thèmes et ses manifestations, je le traiterai donc plus rapidement.

Toujours une classe de lycée, il me semble, mais je ne reconnais personne.

Nous sommes dans un lac, c’est une sortie scolaire. Baignade agréable. La nuit commence à tomber ; une lame de fond immense arrive vers la rive, nous nous réfugions tous sur la terre ferme tant bien que mal mais la vague emporte évidemment tout le monde. Sauf que la scène se déroule dans une boîte, une espèce de boule à neige, ce qui fait que l’eau nous emmène au sommet du cadre, à la fois terrifiés et hilare, puis redescend en douceur. Eyes open.

vague-paysage-03
Le lac des signes

D’habitude quand je rêve de vagues monstrueuses (c’est à dire souvent), je meurs ou me réveille terrifié. Il y a du mieux.

Le lac sous-entend je pense que j’étais à un point de me vie stagnante, avec des désirs de retour dans la jeunesse (classe de lycée), peut-être une insatisfaction de l’actuel. La vague immense, sans doute causée par une tempête au loin, c’est le chagrin d’il y a deux jours (mon amie plus ou moins en train de me quitter). Cette vague de bouleversements, de chagrin, m’envahit, je ne peux pas lutter. Mais elle ne me tue pas. Elle m’élève. Je vais survire, m’élever au-dessus de cette peine un temps, et redescendre, poursuivre ma vie.

C’est un rêve mineur, mais plein d’espoir. Merci ma conscience. A ce soir.

 

F.

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4 réflexions sur “Bulle n°1 – 25.12.2016

  1. Bravo pour ton interprétation, pas toujours facile de donner un sens à nos rêves. Déjà s’en souvenir…
    De l’émotion mise en images qui semble surréalistes exprimant souvent nos préoccupations les plus importantes.

    J'aime

    1. Oui, le plus difficile est sans doute de s’en souvenir, puis de prendre le temps de les coucher sur papier. D’ailleurs depuis ce jour, je n’arrive plus à me souvenir de rêves assez nettement pour reproduire une interprétation dans ce genre.
      C’est pourtant ce que j’espère pour ce blog ; de façon totalement anonyme et discrète, arriver à donner des représentations à mon inconscient, pour pouvoir mieux me comprendre.
      On m’a toujours dit que se souvenir de ces rêves demande un entraînement ; il faut essayer, au réveil, de coucher le plus de détails possibles sur le papier, et nuit après nuit, cela revient plus facilement. Je suis sceptique, j’ai plutôt l’impression que cela se fait par phases… Wait and see

      Aimé par 1 personne

  2. Je relis ton rêve sur la vague,  » la scène se déroule dans une boîte, une espèce de boule à neige »
    c’est un peu comme un tsunami mais dans un espace clos, délimité, un espace ludique, inquiétant et rassurant en même temps, comme les contes pour enfants, de la peur apprivoisée. Faire l’expérience du danger, de la peur et s’en sortir indemne ça donne confiance je trouve.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, exactement.
      Sans être un « chagrin d’enfant », ça reste un émoi de jeunesse, qui se passe dans un objet-jeu.
      Tout ce qui m’agresse ne me tue pas ; il y a des choses qu’on redoute quand on les voit arriver de loin, qui nous submergent un temps, mais qu’on finit par dépasser.

      Aimé par 1 personne

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