Qu’est-ce qu’un vote ?

Dimanche dernier, alors que j’essayais tant bien que mal de ne pas glisser sur une plaque de verglas en me rendant à mon bureau de vote, j’en ai profité pour mettre en perspective les raisons de ce geste, de ce déplacement.

Qu’est-ce qu’un vote ?

Quelles sont les forces qui poussent un raisonnable nombre d’individus à braver le froid et la glace, un dimanche, pour glisser une feuille de papier dans une urne, sachant pertinemment que

A/ce vote sera statistiquement noyé dans une masse d’autres votes, et B/ que ce vote porte l’action d’un moule politique ostensiblement sur le déclin depuis plus d’une trentaine d’années ?

Ces deux traits expliquent l’abstention grandissante (pas forcément le désintérêt d’ailleurs) ; pas les votants résiduels. Qui représentent tout de même généralement plus d’un électeur potentiel sur deux, surtout pour une élection présidentielle.

Je crains que nous, en tant que peuple (terme à définir de façon plus pertinente sans doute, mais qui fera office dans ce billet de : masse des citoyens n’ayant aucune responsabilité gouvernementale, directe ou indirecte), ayons un profond appétit naïf et grégaire pour la direction. Un besoin impérieux de savoir que notre destin est pris en main, nos désirs et aspirations écoutées, entendues, anticipées.

Besoin qui ne se retrouve pas que dans notre comportement électif ; mais dans notre comportement de consommateurs également. Et comme souvent en ce qui concerne nos rites de société tribo-capitaliste, ils sont rarement décrits avec autant de simplicité et d’acuité que dans Mad Men.

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Il faudrait que je rêve de Mad Men, une fois ; ça me donnerait une excuse pour écrire dix pages dessus

Prospères, à l’abri, justes… C’est ce que nous voulons être, en tant que citoyens, en tant que société. L’Histoire et l’expérience personnelle nous ont appris que cela valait mieux que le contraire. Etre heureux, c’est pour ça que nous allons voter, dans le froid, sous la pluie, dans des salles polyvalentes aux carreaux brisés.

Mais c’est irréaliste. Pas parce que la démocratie est un mauvais système ; par essence, c’est le meilleur jamais porté à la gouvernance d’une nation… Pour l’instant. Mais parce qu’il périclite.

Sans quoi le capitalisme meurt-il ?

Sans innovation. Et sans innovation , la démocratie connaît des crises semblables.

Nous sommes capitalistes, que nous le voulons ou pas. Même la Chine communiste l’est plus ou moins, c’est dire l’étendue du problème. Deux options s’offrent alors. Une nouvelle révolution française, visant une nouvelle destitution de régime, pourtant adopté par l’ensemble de nos voisins ; option qui pose moult problèmes. Que je ne citerai pas tous, mais on peut pèle-mêle évoquer un bain de sang, des jugements arbitraires, un nouveau système politique à définir pronto, de probables fortes tensions diplomatiques pouvant conduire à l’éruption de conflits armés. Bref, le scénario 89.

L’autre option manque d’air : une évolution française est-elle possible ?

Il faut sans doute garder l’accès aux urnes comme outil réglementé, institutionnalisé, récurrent, de contrôle citoyen. Le message est organisé, clair, accessible à tous : la politique menée est jugée bonne : le vote accordé au gouvernement en place est favorable. Jugée mauvaise : le vote accordé est défavorable.

Mais quand depuis une quinzaine d’années la deuxième option est systématiquement activée, le peuple doit s’interroger, urgemment, sur la pertinence de ce seul moyen d’action pour se faire entendre.

Ce n’est pas assez de pouvoir glisser un bulletin dans une urne tous les 3-4 ans si c’est pour délivrer un vote de sanction. Un : la sanction ne marche visiblement jamais. Deux : les gouvernements mis en place ont-ils (se donnent-ils) les moyens  d’échapper à cette sanction et donc de mener une politique jugée bonne ?

Bien sûr, nous devons continuer à élire nos représentants.

Nous formons une élite politique qui a pour mission de gérer au mieux les affaires intérieures et extérieures du pays. Nous la formons car nous pensons, sans doute avec raison, que des professionnels feront mieux que des citoyens volontaires, mais moins éduqués aux rouages gouvernementaux (pensez : distinction armée de métier – armée de conscription). Cette formation a un coût, comme d’autres grandes avancées de la civilisation française (soigner tous nos ressortissants équitablement quels que soient leurs ressources économiques, garantir le droit d’asile à tout ressortissant étranger gravement menacé par sa situation dans son pays d’origine…), qui doit être fréquemment discuté et contrôlé. Mais son principe est logique et bon.

Seulement, il est illusoire de penser que ce corps de gestionnaires peut décider du sort du pays seul. La république est la chose publique ; elle se délite quand les citoyens soumettent tout leur pouvoir décisionnaire à un seul morceau de papier et se lavent les mains du reste. En pensant qu’il y aura toujours le vote sanction.

Le peuple doit se regrouper ; mettre en œuvre de nouveaux moyens de mutualisation et de discussion des idées ; une dynamique électorale ne doit plus provenir des grands groupes industrio-médiatiques sous peine de défendre les intérêts des… grands groupes industrio-médiatiques avant tout (pensez : Macron ; le type, pas le groupe).

Ce n’est que de la logique mais il est bon de la rappeler parfois : une dynamique électorale doit provenir du peuple pour défendre avant tout… le peuple.

 

On ne devrait pas se demander pour qui voter.

On devrait se demander que mettre en œuvre, à notre niveau, pour défendre nos intérêts.

Il y a de grandes chances que les deux questions n’aillent plus de pair.

 

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